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Ce que l'acquisition de Manus par Meta nous apprend - pourquoi les startups ne peuvent plus se permettre de rester locales

Meta rachète la startup chinoise Manus pour des milliards de dollars. Ce deal illustre une nouvelle réalité : pour les startups, l'internationalisation n'est plus un choix, c'est une condition de survie.

« Se mondialiser n’est pas un choix - c’est une stratégie de survie. » Avec le rachat de la startup chinoise Manus par Meta pour plusieurs milliards de dollars, cette affirmation devient une réalité concrète.

Après WhatsApp et Scale AI, il s’agit de la troisième plus grosse acquisition de l’histoire de Meta. Plus remarquable encore : les négociations ont été bouclées en une dizaine de jours seulement. Les écosystèmes startup du monde entier - et en particulier ceux de marchés de taille intermédiaire comme la France ou la Corée du Sud - sont désormais confrontés de plein fouet à ce basculement.

Ce n’est pas un simple deal de plus

Le fondateur de Manus, Xiao Hong, est diplômé de l’Université des Sciences et Technologies de Huazhong. Parti de Wuhan, il a développé deux plugins WeChat qu’il a revendus à une licorne. En 2022, il lance Monica, un plugin IA pour navigateur. En mars 2025, il sort Manus. En décembre 2025, le produit dépasse les 100 millions de dollars d’ARR.

Le détail fascinant : début 2024, ByteDance avait proposé de racheter l’entreprise pour 30 millions de dollars. En l’espace de dix-huit mois, la valorisation a été multipliée par environ 70.

Une preuve par le produit, à l’échelle mondiale

Le message que les investisseurs martèlent est limpide : pas de réseau, pas de pedigree, pas de grande école prestigieuse - juste la qualité brute du produit et la rapidité d’exécution. Un associé du fonds Genesis l’a résumé ainsi : « L’ère d’une nouvelle génération de fondateurs chinois est arrivée. »

Pour Meta, cette acquisition était un coup stratégiquement parfait. Elle sécurise un produit grand public essentiel pour concrétiser la vision de « Super Intelligence » que Zuckerberg pousse depuis le début de l’année.

Parmi les apps IA grand public ayant dépassé les 100 M$ d’ARR

  • Perplexity : 20 milliards $
  • ElevenLabs : 6,6 milliards $
  • Lovable : 6,6 milliards $
  • Replit : 3 milliards $+
  • Suno : 2,5 milliards $
  • Gamma : 2,1 milliards $
  • Character : 1 milliard $+
  • Manus : 500 millions $

Manus était la cible la plus raisonnablement valorisée du lot, tout en étant parfaitement alignée avec la direction stratégique de Meta.

Le repositionnement des entreprises IA chinoises - une leçon pour tous

Manus était à l’origine une startup basée à Pékin. En avril 2025, juste après avoir levé 75 millions de dollars auprès d’investisseurs américains, elle a brutalement délocalisé son siège à Singapour pour échapper aux restrictions américaines sur les investissements ciblant les entreprises d’IA chinoises.

Puis, durant l’été 2025, elle a fermé l’intégralité de ses opérations en Chine - liquidation du bureau de Pékin, rupture d’une collaboration sur un agent IA avec Alibaba, abandon des plans de lancement d’une version chinoise de l’application.

Les réglementations américaines sur les investissements ne se contentent pas de bloquer les capitaux - elles poussent les entreprises IA les plus prometteuses à quitter entièrement l’écosystème chinois pour migrer vers l’écosystème américain.

Des marchés de capitaux plus profonds. Un accès renforcé à la puissance de calcul IA. Ces deux facteurs creusent un écart décisif dans la course mondiale à l’intelligence artificielle.

Pourquoi chaque startup doit désormais penser mondial

Les implications pour les fondateurs du monde entier sont claires. L’époque où la taille du marché domestique déterminait le plafond de croissance est révolue. Si vous ne concevez pas votre produit pour le marché mondial dès le premier jour, la croissance elle-même devient structurellement impossible.

À l’ère de l’IA, cet écart est encore plus marqué. Les produits IA qui n’ont pas été validés sur la scène internationale perdent leur compétitivité y compris sur leur propre marché domestique.

C’est un constat qui résonne particulièrement en Europe. La French Tech a produit des succès notables - Mistral AI, Hugging Face - mais la majorité des startups européennes continuent de penser leur marché en termes nationaux ou au mieux européens. Le cas Manus montre que cette approche est devenue un handicap structurel.

Les gouvernements s’adaptent eux aussi

Les gouvernements ont pris note. Le ministère sud-coréen des PME et des Startups restructure en profondeur ses politiques de soutien depuis 2026. Le virage fondamental s’opère vers un « système de soutien indexé sur la performance mondiale ». Les écosystèmes se réorganisent rapidement autour d’équipes qui visent le marché global dès le départ, construisent selon des standards internationaux et savent communiquer avec les investisseurs du monde entier.

En France, les dispositifs comme la French Tech 120 et Bpifrance vont dans ce sens, mais le réflexe « marché domestique d’abord » reste profondément ancré. La leçon de Manus est sans appel : les startups qui ne se projettent pas immédiatement à l’international se condamnent à un plafond de verre.

Une nouvelle réalité pour les fondateurs issus de marchés plus petits

Ce qui rend l’acquisition de Manus si singulière, ce n’est pas seulement le montant. C’est qu’un fondateur asiatique a été nommé VP en charge d’un pilier stratégique central chez un géant mondial de la tech, avec une indépendance opérationnelle garantie.

Mais en parallèle, cette opération révèle la nouvelle réalité à laquelle nous sommes tous confrontés : une ère où la compétition sur la scène mondiale exige des choix géopolitiques. Le talent seul ne suffit plus. L’écosystème auquel vous appartenez, les règles du marché selon lesquelles vous jouez - ces décisions doivent être prises dès le premier jour.

Les startups du monde entier font face au même dilemme. Croître progressivement dans la sécurité d’un marché domestique, ou affronter la scène mondiale d’emblée.

Comme le démontre le cas Manus, seules les équipes qui choisissent la seconde voie peuvent devenir de véritables game changers à cette époque.

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